Partager l'article ! De qui se moque-t-on ?: «Ce sont les hommes qui écrivent l'histoire, mais ils ne savent pas l'histoire qu'ils écrivent.» ...
«Ce sont les hommes qui écrivent l'histoire, mais ils ne savent pas l'histoire qu'ils écrivent.»
Après une année bien chargée, je prends quelques jours de vacances, avec promesse de déconnecter... un peu. L'insomnie, qui ne prévient jamais, brise le rythme des quelques jours de "vacances" et m'amène dans le hall de l'hôtel où je finis par trouver du wifi et cède à la tentation d'aller voir comment tourne le monde.
Je me dis que des dizaines d'informations ont déjà fait, et continueront à faire, l'objet de quelques posts (affaire Woerth-Bettencourt par exemple). Et que de nouvelles actualités - les préfets tancés par notre Président, le statut des universitaires examiné par les Sages du Conseil constitutionnel, etc. - feront sans doute l'objet de prochains posts qui me démangent les doigts depuis quelques mois...
Mais je retiens surtout une information ahurissante qui, elle, n'attend pas : les prix de l'immobilier ont repris leur folle ascension en Ile de France. Ils s'apprêtent à enfoncer les plafonds de 2008, avant la crise. Les taux d'intérêt quasi-nuls entretiennent la folle machine et ont permis de tout faire repartir.
Alors, je repense à ça : http://www.journaldumauss.net/spip.php?article696. Et au moment où je l'ai écrit, début avril, juste avant que la crise grecque ne prenne les dimensions que l'on sait, lorsque la réalité avait rattrapé ma fiction dans un sprint un peu hallucinant.
Alors, Eminem dans les oreilles ("when I'm gone") - pas le meilleur moyen de trouver le sommeil, j'en conviens - me résonne son "just take another pill". Et me taraude la question qui fait mal : que va-t-il se produire quand les décisions difficiles vont arriver pour réduire la dette publique ? Et que la valeur des patrimoines va - brutalement, cela va sans dire - se contracter de 30, 40, 50 % - qui dit mieux ? ; bref, lorsque le marché va rétablir la vérité des prix...hors pilule EPO de la politique monétaire accommodante qui inonde le monde de liquidités depuis l'ère Clinton - Greenspan et, de manière proprement ahurissante, depuis la chute de Lehman Brothers.
C'est finalement l'angoisse qui prend alors à la gorge. Il paraît que la croissance rend heureux ; que la stagnation est vécue comme un appauvrissement, et alimente le désespoir ; alors que penser d'une destruction brutale de la richesse perçue de leurs patrimoines par les individus qui avaient oublié qu'ils étaient d'abord propriétaires... de leurs dettes ?
Évidemment, c'est donc la panique à nouveau qui attend au tournant selon un mécanisme bien rôdé : hausse des taux d'intérêt, effondrement de la solvabilité des emprunteurs et hausse des mensualités des emprunts souscrits à taux variable. Tout le monde va vouloir limiter les dégâts, sauver sa plus-value, alimentant la spirale de la catastrophe. Et voici donc un nouvel exemple d'abus de confiance caractérisé, un de plus. Et cette fois-ci, l'addition pourrait bien être vraiment, vraiment salée. Alors oui, de qui se moque-t-on, quand on pense simplement au fait qu'une telle information parvient la semaine même où les résultats des stress tests des banques européennes ont été publiés. Oui, de qui se moque-t-on ?
En attendant, "just take another pill" puisque, hélas, l'actualité le confirme tous les jours, demain n'est pas un autre jour mais un sempiternel énième "retour vers le futur". Et je choisis une autre belle formule de Raymond Aron pour nourrir mes méditations en attendant le sommeil : "L'homme est un être raisonnable, mais les hommes le sont-ils ?".
J.-Ph. Denis
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