Jeudi 12 août 2010 4 12 /08 /Août /2010 16:33

 

Je prends connaissance du commentaire de Pierre Dubois qui tient un blog auquel j'ai pris un goût certain depuis plusieurs mois - et je l'en remercie sans attendre s'il devait lire ce billet. Son action ne manquera pas, en effet, de susciter, j'en suis certain, de nombreuses visites. Je suis ravi que le très beau texte du Pr. Debeauvais connaisse ainsi quelques échos et d'avoir eu l'honneur de participer à sa diffusion.

Comme vous le savez maintenant si vous parcourez les "articles" de ce blog, un autre texte de Michel Debeauvais est en ligne ainsi qu'un certain nombre de questions, propres à susciter échanges et débats. Je tenterai d'y apporter ma pierre à l'avenir. M'étant cependant pour l'instant engagé dans l'élaboration de chroniques ou textes sur d'autres thèmes, je préfère ne pas trop me disperser au risque, sinon, de ne raconter que des banalités qui ne seraient pas dignes des "présents" qui m'ont été ainsi adressés et confiés pour diffusion. 

J'en viens donc au titre de ce "billet", lequel prend appui sur un clin d'oeil à Michel Foucault pour évoquer "le paradoxe des "présents"". 

Ce blog, ouvert bien rapidement il y a, je crois, un an, n'était à l'origine qu'une simple page personnelle. Une sorte de CV amélioré.

En découvrant, "en marchant", le potentiel d'échanges que recèle cet outil de web 2.0, je l'ai rapidement transformé en support pédagogique : il s'agissait, d'abord, de mettre en ligne quelques liens pour rendre accessible à mes étudiants des références qui m'étaient demandées. Progressivement, j'ai ajouté quelques "podcasts" que j'ai pris l'habitude d'utiliser dans le cadre de mes cours (comme les discours de S. Jobs ou ce superbe matériau que sont les "grands entretiens de Paris Dauphine").

Et puis, de fil en aiguille, la consultation de nombreux excellents blogs aussi différents que ceux de Pierre Dubois ou de Paul Jorion, couplée à une insatisfaction viscérale quant aux modes traditionnels de publication dans ma discipline, la gestion, ont fini de me décider. Non pas, dans un premier temps, pour une évolution du "blog", mais pour des publications différentes, qui permettraient de publier "en temps réel".

Je me suis donc lancé dans un projet , le projet "hyperbooks", que vous pouvez découvir en cliquant sur l'onglet concerné. Cela me permettait de mettre en ligne un manuscrit qui continue de peiner à trouver éditeur et sur lequel j'ai sué de nombreux mois (doux euphémisme). Ce manuscrit, c'était "introduction aux technosciences du management", dont je vous livre ci-dessous, et bien sûr rendue "anonyme", une réponse reçue d'un éditeur qui donnera une idée sur la réception qu'il a connue : 

 

"Cher Monsieur,

Nous avons bien reçu votre e-mail et nous vous remercions de la confiance que vous nous témoignez. Nous avons examiné votre proposition avec la plus grande attention.

Malgré la qualité de votre travail, nous ne pouvons pas inscrire votre livre à notre plan d'édition car, même s'il est très intéressant et de très haut niveau, le potentiel de vente est limité et ne permet pas de rentabiliser une édition papier.

Nous vous prions de croire, cher Monsieur, à notre sincère considération.

Mme XXXXXXX
Assistante
Pour le comité éditorial"

 

La réponse était sans doute légitime. Ce projet était peut-être déraisonnable. Je pense qu'il en existe pas moins d'une vingtaine de versions, très différentes. Alors, prendre la décision de publier ce manuscrit "on line" m'en a finalement libéré, et cela m'a fait le plus grand bien.

J'ai pu alors travailler sur un autre texte, écrit pendant les vacances d'avril dernier, et que j'ai mis "on line" de la même manière : Mémoires de crise (1) : RAM - EXIT. 

Alain Caillé m'a fait l'amitié de le lire et l'honneur de publier très vite ce texte sur le site de la revue permanente du MAUSS, magnifique complément de cette si belle revue qu'il dirige avec tant d'élégance. Alors, j'ai continué l'aventure. J'ai publié, toujours "on line", les deux autres tomes de cette série dont seul l'avenir sait ce qu'ils deviendront - s'ils doivent devenir quelque chose puisque ces "objets" sont pour le moins un peu étranges.

C'est avec le troisième tome "Operating System - Voice" que j'ai découvert le potentiel des nouvelles technologies. Je l'ai donc, un temps, mis "on line" sur ce blog avec des compléments vidéos, insérés dans le corps du texte. Un temps car j'ai vu aussi la limite de l'exercice qui pouvait conduire à privilégier, finalement, la forme sur le fond. J'ai l'ai donc retiré. Tel a été le cas, aussi, pendant un jour ou deux je crois, du second tome : "ROM - Loyalty".

Ce sont finalement ces "essais-erreurs", et les atermoiements auxquels ils ont donné lieu, qui ont décidé de la suite des évènements. Parce que j'ai été absolument sidéré des effets "crémaillères" que permettent ces "mises sur la place publique", sans autre considération que celle de tenter des "expériences", juste pour le plaisir, juste pour voir où elles mènent.

Et c'est comme ceci que j'ai vu l'intérêt de mettre "on line" des publications qui restent trop souvent confidentielles et dont j'ai pris plaisir à informer de la publication sur quelques réseaux dits "sociaux". 

Les "statistiques de fréquentation" ont alors commencé à me faire savoir que quelques personnes consultaient ce blog - et je m'excuse ici platement auprès d'elles des journées passées à tester plusieurs "designs", à procéder à des tests divers et variés, et ce d'autant plus qu'il pourrait encore y en avoir d'autres...  

Et puis... Et puis, progressivement, libéré ainsi des interrogations quant au devenir des publications traditionnelles dans les "revues", dont les procès sont si longs, dont les échanges avec les "reviewers" sont parfois si frustrants, je me suis mis à publier des billets d'humeur sur le monde qui tourne. J'ai découvert que je pouvais en partager certains via mes abonnements à quelques quotidiens. J'y ai pris intérêt et plaisir.

J'y ai vu surtout le moyen d'expérimenter une conviction profonde : l'enjeu démocratique et politique de ces sciences qui travaillent les conditions endogènes de la création de confiance face à l'incertitude, les sciences du management. Avec toutes les implications éthiques que cela suppose, comme les prises de risque. Alors, j'ai continué.

Et j'ai constaté que des commentaires, souvent même des encouragements, apparaissaient. Certains, en provenance de collègues et amis, d'autres de personnes que je ne connais pas et que la vie ne me donnera sans doute jamais l'occasion de rencontrer. Si j'ai commencé par y répondre, je suis très vite arrivé à la conclusion que le plus plaisant était simplement de les laisser ces "commentaires" vivre leurs vies propres.  

Et puis il y a eu ce message du Pr. Debeauvais, m'invitant à le contacter. Avec les conséquences que l'on sait maintenant.

Il y en a eu aussi d'autres, qui ont donné lieu à des échanges de mails, à des critiques de certains des schémas présents dans mes publications, lesquels auront donc déclenché à leur tour - même (surtout ?) pour les critiquer - quelques effets "crémaillères". Je n'en espérais pas tant et ils pourraient faire l'objet de prochaines publications sur ce blog lorsque l'auteur le jugera bon et qu'il m'aura transmis ce qu'il souhaite accomplir. 

Mais le "présent" du Pr. Michel Debeauvais était différent, et comme tout "présent", paradoxal. 

J'ai été ainsi profondément touché des signes d'intérêt et de confiance qu'il a accordés à mon petit travail, lequel m'occupe (actuellement) quotidiennement, ce qui ne saurait durer dès que la "rentrée" va faire son oeuvre. Mais j'en mesure aussi, cependant, toute la responsabilité. Car ces "présents" m'obligent. 

L'intérêt des deux textes qu'il a envoyés, des questions qu'il pose dans le mail que j'ai publié, susciteront logiquement l'intérêt du grand nombre. Ceci justifierait donc la transformation de ce blog en un espace d'échanges qui dépasserait largement l'objectif que j'assignais à ce blog à l'origine. Le commentaire de Pierre Dubois en témoigne.

Alors, face à ce ce "paradoxe des présents", comment agir ?

Je confie que la question me taraude depuis la réception du mail de Michel Debeauvais. Faut-il revenir à des pratiques plus traditionnelles, se contenter de participer à l'animation d'une réflexion - tout en y participant -  qui serait d'abord et avant tout consacrée à l'autonomie des universités ? Ou faut-il maintenir l'intention de départ, qui est celle d'un blog / journal assez personnel, dont les billets se justifient d'abord par l'idée qui traverse, à un moment, l'esprit, par l'actualité qui dérange et démange, par la volonté de partager, au-delà d'une salle de cours et de revues académiques traditionnelles - qui ne les accepteraient jamais - quelques inspirations. Et puis aussi, au-delà des convictions, faut-il abandonner ce plaisir de faire connaître quelques travaux auxquels je crois - pas les miens, bien sûr, ceux des autres - et de participer à les faire bénéficier d'une audience plus large.

Le ton même de ce billet témoigne que j'ai choisi la seconde option. Je m'en excuse par avance auprès de ceux qui préfèreraient que je retienne la première. L'invitation tient cependant évidemment toujours : si certains souhaitent m'adresser des contributions / réponses à Michel Debeauvais, je les publierais dès réception (jphdenis@free.fr)).  

Si je fais ce choix, c'est aussi parce que je vois personnellement un enjeu de trop grande importance dans ce blog / journal et que je ne souhaite donc pas renoncer, pour le moment, à son intention d'origine. C'est pourquoi je continuerai d'y maintenir une grande diversité dans les productions. 

Car il s'agit ici rien de moins que d'expérimenter, aussi, si de nouvelles "formes" d'action, de pensée, de réflexions, de partage, voire de "transformation" sont ainsi rendues possibles. Des "formes" dont mon ancien directeur de thèse, maître et ami, le Pr. Alain-Charles Martinet, juge qu'elles sont au principe même de mon champ de spécialité, la pensée stratégique. Car,

 

« La forme permet pour partie d’accomplir la visée paradoxale de la stratégie : guider par des principes généraux une action nécessairement contingente. Car […] elle permet d’être attentif au particulier sans négliger l’essentiel et, selon Max Weber, de savoir à quelle constellation imputer un phénomène (idéal-type). La forme est stable, invariante pour un temps, ordonnatrice du réel. C’est en définitive un attracteur, un opérateur de sens, de valeur essentiellement heuristique.

 

En tant que telle, elle n’existe pas, c’est un ensemble creux susceptible d’accueillir le concret (G. Durand). Elle fonctionne différemment du concept qui délimite, découpe, disjoint puisqu’elle polarise, agglomère, attire. Elle possède donc une certaine souplesse qui tout en guidant l’esprit laisse jouer le particulier, l’incertitude… et l’imagination du stratège. » (chapitre "Epistémologie de la Stratégie", in Epistémologie et Sciences de Gestion, Economica, 1990, p. 228).

 

Consacrer ce blog au seul débat sur l'autonomie des universités, ne le nourrir que des échanges que vont susciter les textes et interrogations du Pr. Debeauvais, ce serait prendre le risque de finir par rester prisonnier des "mots" et des concepts, aussi puissants soient-ils, sur ce seul sujet.

 Je préfère continuer à tenter de travailler ce blog en tant que "forme", peut-être inspiratrice, pour moi-même et pourquoi pas pour d'autres. 

Considéré ainsi, le "présent" du Pr. Debeauvais est le plus beau des encouragements que l'on puisse souhaiter lorsqu'on se lance dans de telles "aventures" et "expériences".

Répondre par ce petit texte sur les "mots et les formes" pourra être vu aussi comme ma première contribution aux questions qu'il soulève - comment ne pas intégrer les "possibles" permis par les nouvelles technologies dans nos réflexions, tant sur l'autonomie des universités que sur l'indépendance des universitaires ? 

J'ai compris à votre dernier message, cher Pr. Debeauvais, que par-delà les années, nous unit une certaine attraction pour le "gai savoir". J'espère, par ce billet, par la continuation de ce projet de blog / journal, me montrer digne de la confiance que vous m'avez accordée en me confiant une part de responsabilité dans le devenir de vos productions. Tout comme j'aimerais penser que vous pourriez trouver dans la consultation de blog, à l'avenir, quelques (bonnes) nouvelles surprises.  

 

 

 

J.-Ph. Denis

Par jphdenis - Publié dans : Le futur des universités ? Hors les murs... !
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Commentaires

Totalement d'accord sur deux points. 1. Ne limitez pas votre blog au débat sur l'autonomie des universités. 2. Continuez à mettre en ligne vos propres travaux de gestion.

Un autre débat à lancer sur ce point 2. Les jeunes chercheurs (doctorants et néo-docteurs) en sciences humaines et sociales, économie et gestion ont-ils intérêt à publier immédiatement leurs résultats en ligne (pour se faire connaître, pour participer au débat public), ou ont-ils intérêt (pour la carrière) à attendre de publier dans une revue labellisée AERES, quitte à ce que leurs résultats soient datés, obsolètes ? Cordialement
Commentaire n°1 posté par Dubois Pierre le 16/08/2010 à 12h57

Les questions que vous posez sont de fond. Je tenterais d'y répondre dans un long billet consacré à mon diagnostic de la "LRU" et de ses effets, au moins dans les disciplines que vous évoquez.

Cordialement 

Réponse de jphdenis le 16/08/2010 à 15h13

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