Jeudi 27 janvier 2011 4 27 /01 /Jan /2011 00:01

 

(Post initialement publié le 27.01.11)

(Une première version de ce billet a été publiée sous forme de chronique sur le site du Monde, sous l'entrée "Faites une thèse", datée du 26.01.11). 

 

Quand on voit le prix que coûte l'équipement d'un vidéo-projecteur dans une salle de cours, on se dit que l'on peut bien plagier sans trop d'état d'âme le credo d'un des fabricants : "Excced your vision...". Parce que c'est quand même pas mal trouvé. Et puis que ça colle à merveille pour introduire ce billet consacré à un sujet qui m'est cher : la possibilité d'une thèse...

Mais commençons par le commencement : j'avais donc annoncé la fin de la tenue régulière de mon blog dans un billet daté du 12 décembre. Et puis un, puis deux puis... x billets ont été publiés depuis cette promesse que je m'étais faite, d'abord, à moi-même. Et voici donc une addiction de plus, une. Il faut dire que celle qui consiste à essayer de penser est sans doute la pire de toutes, la plus difficile à arrêter quand on a commencé à trouver quelques euphorisants, et que l'actualité contribue fortement à l'entretenir... 

Pourtant, j'ai cru pouvoir tenir bon. Parce que j'ai eu la chance d'être bien élevé, avec de bons conseils. Ainsi, de cette ritournelle qui tournait en boucle dans mon walkman pour accompagner mes trajets au collège quand j'étais gamin... Tiens, allez, insertion : 

 

 

 

 

Alors non, je n'allais quand même pas prendre le risque d'encourir un procès en "balavoinisation"... que je me serais d'abord fait à moi-même. Non, pas ça.  Non, tout sauf ça. Pas une telle trahison de mes rêves d'adolescent. Parce qu'il faut bien le reconnaître : c'est un danger qui guette, toujours, le chercheur, que de préférer développer l'audimat (ou la croissance du h-index, c'est au choix) plutôt que de se soucier, d'abord, de la qualité de sa production et, surtout, de l'usage qui pourrait en être fait. Entre le meilleur et le pire, donc.

Mais il est vrai que ces conseils de Balavoine datent. D'ailleurs, je crois que je ne les avais pas réécoutés depuis qu'ils s'étaient envolés avec les deux zigotos mal intentionnés - et beaucoup plus costauds que moi - qui avaient racketté mon walkman à la sortie du train de banlieue, un sombre samedi après-midi... Ils étaient bien blancs, d'ailleurs, ces types. Comme quoi il faut toujours se méfier des généralisations hâtives... 

Bon, je m'égare. Retour donc à notre affaire. Si je plaide responsable du risque si bien pointé par Balavoine, je ne me sens pas franchement coupable. Parce que j'ai quand même des circonstances atténuantes : la réécoute de l'abécédaire de Deleuze, la lecture de celui de Serres et la découverte de la conférence du même grand Monsieur... Tiens, justement, à ce propos, comment résister au bonheur de reproduire cette merveille d'introduction, avec cette formidable variation autour du thème de l'"inversion" qui justifie une révolution du cartable à quelques milliards de dollars  ?


 

 

 

Une introduction que l'on écoutera avec, en tête, ce repli identitaire évoqué par deux de nos anciens Premiers ministres. Ce repli qui gagne du terrain pour les raisons que l'on sait... Et je pose la question : comment, dans ces conditions, résister à la publication d'un billet à 7h29, alors que se profile une longue journée de réflexion à partager avec des étudiants sur l'épistémologie des sciences de gestion ? Peut-on en effet rêver meilleure accroche que cette histoire de navigation à vue ?

La réponse est non. Impossible, pour un chercheur en garagisme, de rester insensible à ce qui confine à de la provocation par excès d'honnêteté, point suffisamment rare pour mériter d'être souligné avec force. C'est aussi pour ça que j'apprécie beaucoup Michel Rocard comme Alain Juppé.

Tous deux confirment cependant la thèse du Dr House, que j'apprécie aussi beaucoup : nobody changes... Michel Rocard, toujours si honnête, si prévenant, comme lorsqu'il évoque notre président, lequel aurait "un peu succombé"... Belle capacité à jeter un voile pudique sur le réelQuant à Alain Juppé, le lire, l'écouter, évoque toujours un peu l'"amstrad" - CPC 464, 664, 6128, au choix. Vous savez, cet "amstrad" qui ravissait les collégiens du début des années 1980, autant dire il y a belle lurette (ah, ce 464 avec lecteur de cassette intégré...), pour ne pas dire une éternité. Oui, cet "Amstrad" donc, qui était le top du top à l'époque. Cet "Amstrad" donc, qualificatif retenu par ses équipes pour surnommer leur patron du temps où il était Premier ministre... Bon, allez, j'arrête là, puisque je suis encore en train de m'égarer.

Et j'entre maintenant dans le vif du sujet avec quelques "extraits". Le premier, qui nous parle d'un "homme d'exception", le Pr. Nash. Un exemple qui donne bien envie de faire une thèse en montrant le moment de (ré)jouissance que cela peut procurer. Au fait, quatre oscars quand même pour ce film, dont celui du meilleur scénario.


 (cliquez pour voir l'extrait en français)

 

 

Second extrait, en provenance d'un autre film magique et auquel Hollywood a remis deux oscars dont, toujours, celui du meilleur scénario à ses auteurs/acteurs. Où l'on (re)découvre cet immense bonheur d'un savoir qui restera toujours la meilleure arme contre toutes les formes de dominations, même (surtout ?) symboliques. 


 



Et puis un troisième, pour aider à décrypter pourquoi il y a tant d'extraits insérés dans ce billet, tout simplement.

 


 

Préférer la voie de la recherche pour un polytechnicien... ? Voilà qui est plutôt rare aujourd'hui. Mais peut-être, sans doute, ceci explique-t-il cela : lui, au moins, ne navigue pas totalement à vue semble-t-il. 


http://ecx.images-amazon.com/images/I/41W0K8NGMKL._SL500_AA300_.jpg

 

Encore une bonne raison, donc, de faire confiance aux chercheurs... (on consultera avec profit, les 7 vidéos suivantes, sur youtube...).

Les étudiants ont apprécié, je crois, cette séance d'épistémologie "enhanced" comme on dit maintenant, à l'heure de l'édition numériqueEt à l'issue de cette séance qui avait donc débuté avec l'accroche rocardienne de la navigation à vue, après avoir regardé tous ces extraits et les avoir discutés sérieusement, nous sommes tombés d'accord pour ne pas trop accabler nos anciens Premiers ministres d'avoir ainsi le sentiment de déplorer de naviguer, eux, à vue.

Parce qu'ils n'ont pas eu la chance, eux, de se risquer à élaborer une thèse. De se confronter au désespoir mais aussi au plaisir de l'incertitude dans ce domaine. De s'efforcer à bâtir et à argumenter une vision, sur la base d'un projet de connaissances, pour mieux s'en défier ensuite, suivant en cela l'invitation de Valéry. Bref, à s'acharner à faire montre de l'esprit scientifique tel que le définissait Bachelard : moins chercher des réponses que s'acharner à (re)construire, sans relâche, des problèmes... 

Oui c'est un véritable bonheur, une (ré)jouissance que ce travail de recherche dont l'apprentissage se fait en marchant, par compagnonnage, avec le soutien de pairs d'abord là pour vous aider, vous épauler, vous appuyer dans cette conquête de la connaissance cultivée. Tout l'inverse d'un concours de beauté, en somme...

Et c'est ainsi que nous avons conclu avec une idée qui, comme toute bonne idée, va forcément s'imposer : au XXIème siècle, plus on est appelé à exercer des responsabilités, plus il faut avoir été initié à cette beauté de la recherche qui vous fait prendre conscience de l'humilité indispensable face au caractère irréductible de l'incertitude de l'avenir et du nouveau.

Alors oui, cette idée va s'imposer, c'est sûr : il faut faire des thèses pour apprendre à apprendre, et ce surtout si l'on sort dans la botte de sa promotion. Simplement parce qu'une professionnalisation qui crée réellement de la valeur, singulièrement depuis la bascule dans le siècle de l'innovation et de l'immatériel, le commande. 

Alors, je poursuis avec une "spéciale dédicace" à tous les ratés de collèges et de lycées, tous les bras cassés des études primaires, secondaires et supérieures, tous ceux qui ont fini par se résigner à l'idée que non, définitivement, les études, c'est pas fait pour eux. Avec un très émouvant nouvel extrait en provenance du fameux film déjà référencé.

 

 


 

Vous l'aurez compris : n'attendez pas que ce soit la mode, prenez un coup d'avance ! Faites des thèses, même des hyper-thèses... et même des algo-thèses ! A l'heure où l'algo-trading peut faire plonger le Dow Jones de près de 10 % en une minute, c'est bien le moins que l'on soit en droit d'attendre !

Et puis les hyperbooks - ou plutôt devrais-je dire désormais les algo-books vu la peine que continue visiblement d'éprouver Apple à suivre leur évolution dans les classements ! - n'ont-ils pas montré  que l'avenir est largement gravé dans le marbre des (bons) travaux de recherche - pas les miens, bien sûr, ceux qui sont mobilisés et les autres ? Pour qui sait faire l'effort de lire un peu... ou de regarder les bons filmsExtrait, Maestro ! 

 

 

 

Je ne sais pas si la DCRI peut mettre sur écoute des acteurs américains, mais une chose est certaine : ça, ça va plaire au Général. Et oui, décidément, pas de doutes, la connaissance, quand on y a goûté, il n'y a guère plus enivrant... Au point qu'on en jetterait presque avec fierté les décorations de carrière et les promesses de postes par-dessus bord ! 

Mais concluons maintenant. Sur le fait qu'il doit bien être possible de ne pas plagier que le pire de la démocratie américaine (le fameux déclin culturel si bien diagnostiqué par Tocqueville) ; que l'on doit bien pouvoir également, de temps en temps, réussir à prendre le risque de s'inspirer de ce qu'elle a de meilleur : une confiance véritable dans sa capacité à (se) réinventer et à ne pas masquer les vrais débats. 

 L'inverse d'un mauvais benchmark (managérial) aussi brutal que sans nuances, en somme. A méditer, par exemple dans le cadre d'une RGPP qui se voudrait réellement sérieuse, et saurait donc raisonner, aussi, contre les fondements des outils mobilisés par les cabinets de conseil payés hors de prix, c'est-à-dire valeur plutôt que coûts de transaction. Ce qui ne va pas sans conséquences pour la recherche. 

Alors, pour finir de conclure, un peu d'humour (attention, éloignez les enfants...), avec un extrait tiré d'un film également doublement oscarisé (scénario et meilleur second rôle pour Kevin Spacey) et qui mériterait d'être utilisé comme support pour tous les (bons) cours de leadership stratégique exemplaire.        


 

 

Et puis, juste parce que, par les temps actuels, un mauvais management peut tuer, s'il vous reste un peu d'énergie, alors indignez-vous en méditant l'algo-book debeauvaisien. Parce qu'il aidera, j'en suis certain, les futurs impétrants à préparer leurs futures soutenances. Et puis poursuivez par ce nouvel opus aussi, puisqu'il reste des pauvres...

 

Photo extension de mémoires

 

Et pour achever d' "exceeder" nos "visions", une petite note d'espoir, en provenance directe de la "White House", histoire d'illustrer le fait que ce que l'on envie aussi aux américains, c'est leur capacité intacte à innover en faisant bouger les lignes... Dupuy a bien mille fois raison. 

 

 

 


 

J.-Ph. Denis 

 

 

Quelques P.S. pour "terminer" :


1. Une version "light" de ce billet a été publiée en tant que chronique d'abonnés sur leMonde.fr. L'obsession des équipes du Monde à refuser mes chroniques au motif qu'elles étaient déjà publiées sur ce blog a justifié de prendre au mot Serres, de jouer réellement l'inversion, de s'en jouer. Voilà donc comment une chronique d'abonnés du Monde, moyen de communication mobilisé dès le début du lancement effectif de ce blog fin juillet est devenue le brouillon d'un billet achevé. Inversion, quand tu nous tiens...

 2. L'abonnement "premium" souscrit en juillet pour ce blog arrive à échéance demain. Lourde décision : continuer... ou arrêter ? Ou comment le dernier paragraphe d'un billet fait renouer avec le premier. 

3. J'ai décidé d'attendre le dernier moment pour me décider tant mon hébergeur m'agace désormais, avec ses outils techniques si limités (Pas de tags !, mais comment est-ce bien possible ?). Et puis on comprendra que je me refuse désormais à tout engagement sérieux en ce domaine de l'arrêt du blog... 

4. Finir par un billet invitant à faire des thèses, et même des hyper-thèses, ça aurait quand même une certaine allure, non ? Alors dans le doute, au cas où, une information : faute d'abonnement "premium", l'adresse du blog devrait redevenir (après un certain temps) : http://jphdenis.over-blog.fr

5. Last but not least, dernières stats disponibles quand même, en date du 25.01.11. 

 

stat janvier 2011

 

6. RT @lemondefr Crise financière : les Etats-Unis désignent les responsables... : http://www.lemonde.fr/tiny/1471507/#xtor=AL-32280258

 

aatwitterlemondecrise.jpg

7. J'allais oublier : bad advice à méditer. 

8. MAJ du 31/01/11 : Un livre d'or est par nature constitué de plusieurs auteurs et est appelé à durer. Alors plutôt que dans la catégorie "articles", celui-ci se situe désormais dans la catégorie "pages", à cet endroit.

Par jphdenis - Publié dans : Scandales passés, crises futures...
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Commentaires

J'écris peu de commentaires sur des blogs. Je viens de le faire dans celui de Juan Asensio pour la même raison qui me pousse à écrire ici, l'effort que lui et JPh font pour explorer ce que nous faisons, pour lutter contre l'érosion et creuser de nouvelles failles, mettre en place des seuils. La folie est notre état de nature et non pas un accident. La folie c'est être en proie, sans distance, avec ce qui nous a formé. Nous avons appris à dompter notre folie en construisant des outils. Notre langage de plus en plus complexe, des manières de donner corps à des mondes, de les manipuler. Mais dompter n'est pas tuer cette sauvagerie qui nous est constitutive. Or, elle est tuée chaque jour et nous nous rabattons sur des corps morts avec lesquels nous mimons la langue, des mondes. C'est ce mime macabre qui me fait peur, publications infinies, brouhaha des avis autorisés ... Je donne l'un de mes derniers textes à mon coiffeur: que voulez-vous que je comprenne, qu'est-ce qu'il y a à comprendre? Rien, c'est une expérience, il n'y a rien à comprendre. Mais quand même ... Je veux juste que vous me parliez de votre expérience en lisant mon expérience, c'est un compte-rendu en quelque sorte. C'est ça la mort, les yeux grand'ouverts. Ne plus explorer, ne plus lire l'expérience des explorateurs, empêcher leur existence. Les maudire et les exécrer. Et leur préférer les textes sacrés. C'est ce qui nous arrive, c'est déjà arrivé et plus d'une fois.

Commentaire n°1 posté par Michel Filippi le 29/01/2011 à 16h23

Cher Jean-Philippe,

Faire une thèse pour renoncer au syndrome de la toute puissance, certes ; être confronté aux limites de toute forme de connaissance, oui. Pour autant, cette épreuve arme-t-elle contre la domination, qu’elle soit interpersonnelle ou organisationnelle ? Je crains que non. Les couillons du Pr Nash ne nous donnent-ils pas un bel exemple  de domination ‘féminine’ (Ah la société du spectacle !) ? Will Hunting n’écrase-t-il pas de son savoir son pauvre interlocuteur ? Mais plus fondamentalement –car le diable est dans le détail, n’est-il pas ?-, ces mêmes étudiants, ici au MIT, dès lors qu’ils sont placés dans une organisation, finiront toujours par jouer le rôle que l’on attend d’eux.

Faire une thèse pour renoncer au syndrome de la toute puissance, certes ; être confronté aux limites de toute forme de connaissance, oui. Pour autant, cette épreuve arme-t-elle contre la domination, qu’elle soit interpersonnelle ou organisationnelle ? Je crains que non. Les couillons du Pr Nash ne nous donnent-ils pas un bel exemple  de domination ‘féminine’ (Ah la société du spectacle !) ? Will Hunting n’écrase-t-il pas de son savoir son pauvre interlocuteur ? Mais plus fondamentalement –car le diable est dans le détail, n’est-il pas ?-, ces mêmes étudiants, ici au MIT, dès lors qu’ils sont placés dans une organisation, finiront toujours par jouer le rôle que l’on attend d’eux.

http://www.youtube.com/watch?v=Z0jYx8nwjFQ&feature=reated

S’il s’agit d’être un bourreau, ils le feront ; s’il s’agit de s’évertuer à écrire des articles et à les faire publier dans des revues anglo-saxonnes de premier rang, ils le feront aussi, et ce quand bien même leurs productions n’ont autre forme d’intérêt que celle d’être publié (même pas un intérêt esthétique –Ah la société de spectacle !).

La question devient dès lors celle de savoir si l’on peut concevoir des formes d’organisation qui limiteraient ce pouvoir des rôles, ou plutôt, car ceci est illusoire, qui encourageraient des formes d’autonomie (par opposition à l’état d’agent donc parle Milgram). La chose n’est pas simple, car il y a là une forme d’oxymore (les routines d’exploration de March), et l’on voit déjà poindre des syndromes de contraintes paradoxales, qui conduisent au mieux à l’inaction, au pire à la culpabilité et à la souffrance psychique (this does not make sense).

Zimbardo le montre, les sciences sociales qui se penchent sur ‘les organisations’ sont plus qu’utiles, car nous ne sommes plus au temps où la somme des égoïsmes des artisans permettait de résoudre les problèmes. Adam Smith avait tord, certes, mais la coordination, c’est le commencement d’un problème plus grand encore.

Bien à toi,

Florence.

NB : Dès lors, une thèse ? Pourquoi pas, mais … dans quel contexte organisationnel ? Dans quel contexte politique ? 

 

Commentaire n°2 posté par Florence le 30/01/2011 à 18h46

L'invitation à laquelle nous convie J.P.Denis est plutôt réjouissante pour deux raisons au moins. Faire une thèse revient à assumer l'envie de développer des compétences et des capacités de conception. Ce développement ne va pas de soi et pour prendre forme nécessite d'avoir du temps pour penser, écrire, modéliser, formaliser. Ce temps est justement offert par le moment de la thèse. L'invitation nous amène aussi à réfléchir à la nécessité de savoir faire évoluer les formes de la rechercher pour parvenir à modéliser avec d'autres matériaux. A titre d'exemple les forums de discussion dans les communautés open source constituent un type d'information primaire encore trop ignoré. Cependant l'invitation à faire une thèse ne doit pas masquer la dynamique des contextes de la recherche. Quelques facteurs structurants prennent actuellement forme qui peuvent remettre en cause l’intérêt de faire une thèse, notamment lorsque les Universités et les universitaires exploitent les doctorants, comme le soulignait récemment le magazine The Economist pourtant favorable aux investissements dans les activités de recherche (http://www.economist.com/node/17723223?story_id=17723223)

Ces investissements sont parfois portés par une illusion générale sur l'activité de création de connaissances. Trop de commentaires regrettent que les connaissances créées et développées par la recherche ne se diffusent pas, ne soient pas assez appliquées, ne puissent pas être utilisables, etc. Un tel point de vue revient à avoir une vision qualifiable de shannonienne de la connaissance qui reposerait sur l’existence d’un canal mécanique de communication émetteur – récepteur. Cette vision est totalement erronée et ne correspond en rien aux processus de connaissance individuels et organisationnels. Les politiques l’ignorent encore, ce qui est regrettable, mais aussi les chercheurs ce qui est plus fâcheux. Le monde de la recherche peut être un monde clos et auto-référentiel. Ce n'est pas forcément grave en soi. De tout temps il en a été en partie ainsi comme l’ont rappelés dernièrement les responsables des plus grandes universités européennes (http://www.lemonde.fr/societe/article/2011/01/28/les-universites-europeennes-reclament-des-efforts-financiers-pour-la-recherche_1472161_3224.html). Ce n’est donc pas grave que le boucher n’entende rien aux propositions théoriques sur la justice économique de A.Sen. Ce qui peut paraître plus grave en revanche c’est la relation qui prend forme à la recherche :  

-       une normalisation forte des pratiques de recherche et de publication, parfois réfugiées dans un hyper empirisme, provoque une limitation dans les capacités d'exploration de nouveaux champs de connaissance ;

- le développement d'une véritable activité marchande liée à la connaissance (en cas de doute : http://www.educpros.fr/detail-article/h/d3e83e395d/a/enseignement-superieur-prive-pourquoi-les-fonds-anglo-saxons-investissent-en-france.html) qui provoque un déplacement du pouvoir. Les bénéficiaires réels de l’activité de recherche ne sont pas forcément ceux que nos valeurs nous font mettre en avant, notamment les étudiants (http://lemonde-emploi.blog.lemonde.fr/2011/01/27/un-diplome-britannique-sur-cinq-sans-emploi-deux-ans-apres-la-sortie-de-luniversite/), mais bien plutôt des acteurs économiques qui bénéficient directement des externalités de l’activité de recherche (ex : les villles où sont localisées les établissements, les grandes maisons d'édition qui vivent des revues scientifiques, etc.).

Commentaire n°3 posté par Franck Tannery le 30/01/2011 à 21h47

Bonjour Jean-Philippe. Je viens de lire votre billet sur "faire une thèse", une hyper-thèse". A vrai dire, j'ai rien compris à votre propos.

C'est beaucoup trop long et vous vous fatiguez inutilement à joindre des vidéos et à faire des liens (je sais par expérience que les liens ne sont pas consultés !). Rendez-vous compte : combien de temps devrait passer un lecteur de la chronique à visionner toutes les vidéos et à lire tous les liens. Plus d'une journée sans doute.

Alors, oui, il vaut peut-être mieux commencer une thèse !

Commentaire n°4 posté par Dubois Pierre le 31/01/2011 à 13h12

Cher Pierre,

D'ordinaire, vous le savez, je laisse les commentaires vivre une vie propre car je les pense utiles pour tous, et qu'y répondre serait aussi confisquer la conversation. Mais là, je ne peux rester sans réaction : simplement pour vous dire que je vous trouve bien pessimiste concernant les vidéos : lisez les commentaires, précisément !

Quant à n'y rien comprendre, il me semble que ce sont parfois les chercheurs qui sont bien incompris... et qu'il serait peut-être temps qu'ils s'en rendent compte et osent davantage. Mais peut-être, toujours précisément, écouter et regarder ces vidéos vous ferait-il changer d'avis...

Quant à la bonne idée qui consisterait à débuter une thèse, sur ce point, notre accord est total.  

Bien à vous.

Jean-Philippe Denis  

Réponse de jphdenis le 31/01/2011 à 13h31

Je voudrais rajouter un commentaire à ces commentaires. J'ai eu un aperçu sur le blog du Monde d'un correspond qui cinglait les propos de JPh en affirmant que les dirigeants d'entreprise n'en avait "rien à foutre" de produire de la connaissance (j'interprète). Il est vrai que ce que nous appelons "connaissance" est assez long à prendre en compte, comprendre, comprendre ce que tout cela peut bien vouloir dire. Parce que ce que nous appelons connaissance, ça ne veut rien dire du tout, c'est juste du bruit, tant que nous ne sommes pas affectés par ce bruit, tant que nous n'avons pas réussi à en faire qq chose (un livre, une thèse, un film, un 'YouTube', un marteau, une enclume, ...), c'est-à-dire un ouvre-boîte, un ouvre-monde, un ouvre cerveau, des scènes à explorer, plutôt que des statues lointaines à adorer. Deux livres m'ont intéressé "Le couteau et le stylet" de Mario Vegetti qui montre comment les Grecs ont rendu le monde compréhensible et cette compréhension transmissible. Eh bien cela veut dire que nous avons là plein de booulot à continuer. Il ne faut pas nous arrêter là où ils se sont arrêtés. Il nous faut encore couper et découper. Et puis, "The brain that Changes Itself" de Norman Doidge, nous n'avons pas fini d'explorer ce que peut notre cerveau et comment nos outils de la langue, de l'expérimentation et d'autres nous ont permis d'aller au-delà de la simple stupéfaction devant un monde immanent, sans distance.

Commentaire n°5 posté par Michel Filippi le 31/01/2011 à 14h43

Je ne peux que souscrire à ce billet, enrichissant certes, challenging, passionant, constructif, le travail de recherche et a fortiori de thèse énerve autant qu'il passionne son ouvrier qui peu à peu n'arrive plus à s'en passer.

Des extraits de films qui mériteraient d'être en VO surtout le passage sur Sauzé.

Commentaire n°6 posté par Caroline Minialai le 11/02/2011 à 12h17

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