Samedi 30 octobre 2010 6 30 /10 /Oct /2010 14:02

 

Un peu de musique pour débuter, afin d'introduire au titre comme à la problématique traitée dans ce billet.

 

 

 

Commentaires maintenant suite à deux mails, sans lien a priori (quoique...), reçus en ce samedi de WE férié. 

 

Le premier est en provenance du président de l'association "courssegmi", suite à mon billet sur le plagiat.

Il m'explique la démarche, l'administration prévenue, sa conscience des limites potentielles du projet et combien tout ceci est au service, d'abord, des étudiants. Il fait montre dans ce message d'une rare intelligence. Je le remercie donc de la spontanéité, du caractère détaillé et de la finesse de sa réponse. Ceci justifie que je poursuive l'échange en disant deux choses.

La première, c'est que l'administration est en cause d'avoir donné son aval - même implicite - voire d'avoir encouragé cette démarche sans prévenir les premiers concernés : les enseignants-chercheurs. Je maintiens que ceci est inélégant et n'est pas acceptable. Je ne manquerai pas, à l'avenir, de m'en expliquer avec les autorités concernées.  

La seconde, c'est qu'il faut savoir aussi contourner les règles pour innover. Alors, un grand bravo à l'association "courssegmi" et à son président d'avoir lancé tout ceci. Et, pour revenir à mon billet, celui-ci avait surtout pour objectif d'attirer l'attention sur les risques créés par une circulation d'informations que seuls les "producteurs" concernés peuvent valider et qui ne rend pas toujours suffisamment justice aux créateurs des idées nouvelles. Même si les cours sont le fruit du travail de plusieurs étudiants, même s'ils sont relus et validés par le président de l'association, ces risques sont avérés. Je maintiens donc mon appel à faire très attention. Tout en encourageant très sincèrement cette démarche prometteuse.

Il y a donc ici en jeu une question d'éthique. Le message du président de l'association me montre qu'il a pleinement saisi ce point qui lui avait visiblement échappé (mais comment lui en vouloir ?). Une fois encore, l'administration, elle, aurait dû veiller à l'en prévenir. Au service premier des étudiants, d'abord. Par respect des universitaires ensuite. Faut-il rappeler qu'ils sont la seule vraie valeur d'une université ?

J'espère en tout cas qu'on aura compris en lisant mon billet que je suis évidemment favorable à ce type de pratiques qui permettent de réelles innovations pédagogiques. Quand elles sont à l'initiative des premiers concernés, les étudiants, qu'elle fournit l'occasion de reprendre la main sur leur formation et donc leur avenir, j'en suis enchanté.

Et je ne peux maintenant que les inviter à faire connaître leur blog et le groupe "facebook" à tous étudiants, tous les enseignants, et sans doute même au-delà de notre université. Bref, à faire du bruit pour que tous aient conscience, aussi, de la qualité des cours qui sont dispensés dans les universités et de la formation qu'y reçoivent les étudiants. Ceci est le meilleur moyen de redonner sa noblesse à l'université, dont l'image est trop facilement ternie par des acteurs qui la connaissent bien mal ou qui tirent profit à ce que ladite image soit dégradée.

Alors, un petit clin d'oeil pour finir en disant que 02:58 (heure d'envoi de son mail) n'est pas une heure raisonnable pour travailler encore au développement de son association quand on est étudiant ! Donc un petit conseil ci-dessous, en provenance du professeur de SEGMI que je suis : il faut savoir aussi se reposer pour mieux apprendre. Musique suite, donc.

 

 

 

 

 

Le second mail provient d'un autre étudiant qui m'offre, lui, un contre-don : une relecture intégrale de l'hyperbook ITSM, avec proposition de correction des coquilles diverses et variées. Je vais m'attacher à relire tout ceci et mettrai ensuite en ligne la 3ème édition. 

Si j'ai bien compris, il voit dans cette relecture une manière de me remercier de donner ainsi l'ouvrage en libre accès - il est cependant, aussi, payant sur d'autres plateformes, je le rassure et vais revenir sur ce point à la fin  du billet... 

C'était en tout cas exactement le sens que je mettais dans cette aventure que constitue le projet "hyperbooks" : plutôt que de s'épuiser à discuter avec des éditeurs frileux, à corriger sans relâche dans l'attente de la version parfaite, rendre disponible pour corriger ensuite. J'ai même écrit un billet sur cette question qui milite pour la "défense des coquilles".

Je le remercie en tout cas vivement. Je lui confirme que mon but premier avec cet ouvrage était bien que la question financière ne soit pas un frein à l'accès à des connaissances. Et qu'il s'agit aussi, par ce biais, de "déparcelliser" la connaissance comme dirait un autre professeur de notre université, mon collègue et ami Alain Caillé. Bref, de ne pas la réserver à quelques-uns mais de la mettre à disposition du grand nombre.

 

Ces deux mails démontrent qu'il y a bien place désormais pour des échanges "hors les murs", 3.0. Qu'il y a beaucoup à inventer en ce domaine et qu'il serait temps que les acteurs de l'industrie de l'édition comme de l'enseignement ou de la recherche le comprennent. Mais mon petit doigt me dit qu'ils en sont loin. Et c'est ainsi qu'ils prennent le risque de connaître ce qui est arrivé à Polaroid dans les années 1980 et 1990, entreprise qui s'est trouvée stratégiquement totalement paralysée par l'arrivée du numérique. Un exemple remarquablement analysé dans ce texte en lien et qui devrait être médité... avant qu'une fois encore Darwin ne fasse des ravages parmi celles que l'on pensait, à tort, être les plus solides des maisons. 

Ces deux mails m'incitent aussi à réitérer mon invitation aux étudiants et aux lecteurs à faire du bruit. Et aux professeurs et aux auteurs aussi. Qu'ils diffusent large, très large, quitte à malmener les conventions. Parce que la recherche en stratégie enseigne que les jeux peuvent être alors à somme très positive. Il suffit de savoir raisonner investissement et valeur de transaction plutôt qu'exclusivement coûts. Et je confie sur ce point qu'Apple n'est pas une entreprise rancunière : son "ibookstore" m'a informé hier de mon entrée simultanée dans les classements des auteurs gratuits mais aussi payants de l'Ibooks ; et j'ai découvert que j'y étais en très, très bonne compagnie.

Alors, que l'on ne fasse pas un procès facile (et infondé) en naïveté que je connais trop bien lié à des diffusions aussi "larges". Car je le confesse, je rêve d'une recherche qui serait financée aussi par les contre-dons des étudiants et des lecteurs plutôt que par les seuls "experts" qui évaluent les projets entre les murs de quelques bureaux grisâtres.

Voilà qui dessinerait un bien bel et autre avenir pour ce métier d'auteur/compositeur/interprète qu'est, toujours, celui de l'enseignement et de la recherche - le prof' "tombant" toujours dans une ou plusieurs de ces trois catégories de "créateurs". N'est-ce pas d'ailleurs le cas de toutes les professions où l'on travaille d'abord, toujours, sans relâche, à progresser ? Pour les autres, mais aussi pour soi-même. Au-delà des frontières telles qu'elles s'instituent, toujours, trop vite. Il est plus que temps de les faire vaciller. 

 Alors, à tous deux, merci de leurs efforts en ce sens. Et sur ce, musique, fin.   

 

 

 

 

 

 

J.-Ph. Denis 

 

 

P.S.1 :puisque le président de l'association me propose de le rencontrer pour discuter ensemble de tout ceci, je lui indique que je suis disponible à l'issue de mes cours du jeudi matin d'I.G.O., donc à partir de 12 h - 12 h 15, en amphi B du bâtiment G.

P.S. 2. : Ce créneau vaut aussi, évidemment, pour l'auteur du second mail... du moins jusqu'à la fin du semestre (en janvier).  

A tous deux, au grand plaisir donc de futurs échanges, créateurs de quelques valeurs nouvelles. 

 

Par jphdenis - Publié dans : Le futur des universités ? Hors les murs... !
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Commentaires

Bravo Jean-philippe,

tous ça me fait penser à une intervention que j'ai eu ce jeudi lors de journée de doctopolis (http://assodoctopolis.wordpress.com/) où j'ai heurté quelques collègues à propos d'"universités poussièreuses" encore à l'age 0.0 en matière de publication de thèse.

L'idée générale était que le travail de recherche mérite une diffuse précoce et générale, que les doctorant ont tout intérêt à bloguer et à donner le savoir qu'ils construisent, au moins dans la perspective de bâtir les réseaux de leurs futurs emplois ( et oui! la baisse des recrutement conduit les docteur à envisager- quel horrible mot - une professionnalisation). Combien de thèses et de mémoire restent enfouis dans les rayonnages et les tiroirs?

Me suis amusé la semaine dernière à diffuser très fraichement ( dans les deux heures de la soutenance) quelques un des bons mémoires de master ( http://msmoi.blogspot.com), un ou deux petit tweets et 2000 visites dans le WE, dont 500 pour le mémoire qui a eu le plus de succès.

Idem pour les thèses ( la dernières que j'ai fait soutenir est là : http://i-marketing.blogspot.com/2010/09/effets-long-terme-de-la-promotion.html

Maintenant qu'en est-il de nos institutions? Que font-elle en la matière? Paris Ouest rien, paris IV débute timidement ( http://www.paris-sorbonne.fr/fr/spip.php?article5371)

Et pourtant rien de plus simple....Il y a même dans les formulaire de soutenance, une croix qu'on coche sans savoir bien à quoi elle correspond : l'autorisation de publication en l'état. Cette croix pourrait être assortie d'une signature du doctorant acceptant la diffusion sous licence Creative commons ( ce bel objet juridique qui protège le partage), et faire que dans les heures qui suivent la soutenance, avec quelques tweets en renfort, ces trois ou quatre ans de travail puisse aller directement irriguer les canaux de la connaissance au lieu de s'assécher on ne sait où.

Oui à l'université ouverte, celle où sa principale activité, la production de connaissance, sous la forme de mémoires et de thèses, soit diffusée à mesure qu'on la produit.

Que nos étudiants suppléent à nos insuffisances est à la fois un bonheur, et une inquiètude. Dans tout les cas, je reste persuadé que ce que nous faisons à l'échelle artisanale est une nécessité vitale.

Cependant le tableau n'est pas si noir, ce travail commence a être fait pour les revues savantes : CAIRN, mais mieux encore le cléo se sont attelés à la tâche. Reste à l'engager pour des productions plus modestes : nos cours, les mémoires et les thèses!
Commentaire n°1 posté par Christophe Benavent le 30/10/2010 à 19h26
Tout à fait d'accord...
Réponse de jphdenis le 30/10/2010 à 23h21

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