Quantcast
Dimanche 5 février 2012 7 05 /02 /Fév /2012 12:55

 

(Dernière mise à jour : 06/02/12 - 10 : 19)



 

Nicolas Sarkozy ne voit pas le réel comme vous et moi, et ceci est normal : sinon, pourquoi serait-il président de la République ? Pourquoi aurait-il tout fait pour le devenir ? Pourquoi aurait-il été démocratiquement élu en 2007 ? Oui, Nicolas Sarkozy est doté de qualités intellectuelles supérieures, et ceci nul ne saurait raisonnablement le contester. 

Ce sont précisément ces qualités grandement supérieures à la moyenne qui l'amènent depuis plusieurs semaines à un constat implacable : il ne sera pas candidat à la prochaine élection présidentielle. Pourquoi ? Parce qu'il ne le peut pas, c'est l'évidence. Parce qu'il ne le doit pas, c'est notre conviction.

Il ne le peut pas, d'un strict point de vue stratégique.

Nul ne croit ainsi sérieusement qu'un président en exercice qui envisagerait d'être candidat plaisanterait des tendances "suicidaires" qu'on lui prêterait ; qu'il feindrait de s'étonner d'être au coeur du débat médiatique alors même qu'il n'est pas encore candidat - il est vrai qu'il n'est que... président ! - ; qu'il se lancerait dans d'éternelles nouvelles réformes dont les membres de son propre parti politique considèrent dans une large unanimité bruyante ou silencieuse qu'elle ne peut que conduire son camp à la défaite.

Oui, Nicolas Sarkozy ne peut pas être candidat, et ceci il le sait depuis longtemps. Parce que le projet qui lui a valu élection est en faillite ; parce que son pari de 2007 d'une croissance par une dette accrue a été pris dans un terrible effet de ciseaux par la crise ; parce que le pari, ensuite, de son quinquennat de transformer une calamité (cette crise de son projet, précisément) en opportunité - comme aurait dit Churchill - a été lui aussi perdu : la France a perdu son AAA, réduisant ainsi à néant tous les paris qui s'en sont suivis pour couvrir l'échec de départ. Ainsi, du plan de relance ou des sauvetages récurrents de l'€ par des montagnes de dettes nouvelles toujours plus alambiqués et des "dispositifs" qui le sont tout autant (ainsi, du FESF).

Nicolas Sarkozy, bien sûr, recule encore l'échéance de sa non-candidature. Il tente encore le tout pour le tout. Il abat ses dernières cartes. Les fidèles, tel Claude Guéant, aveuglés par une loyauté sans faille - et louable sur le principe - s'en trouvent chaque jour davantage contraint de s'enfoncer dans l'immonde. Ainsi de cette dernière affaire de civilisations qui ne seraient pas égales.

Tout ceci n'appelle au fond aucun commentaire neuf. Pas davantage que cette "règle d'or", comme un crayon anti-rayures pour masquer les imperfections de carrosserie au moment de vendre une voiture d'occasion dont c'est bien le moteur qui est touché. Oui, Nicolas Sarkozy ne parviendra pas cette fois-ci à faire oublier que sous cette carrosserie, précisément, il a voulu mettre un turbo : une hyper-croissance à hyper-crédit. Et pas davantage, il n'échappera au reproche : c'est ce même turbo, cette même folie dont on sait désormais parfaitement qu'elle aura été génétiquement à l'origine de la crise durant ces folles années américaines où de ce genre de substances, à la limite du licite, on a usé et abusé.

Tout ceci, Nicolas Sarkozy le sait parfaitement. Bien sûr, il tente de raviver la flamme passée. Par tous les moyens, il joue encore la fuite en avant. Evidemment, en dernier espoir, Il a fait revenir Emmanuelle Mignon qui, c'est sûr, va lui trouver une solution - un "slogan" neuf. Sans relâche, il se convainc encore visiblement que, comme d'aucuns semblent se plaire à le lui dire, il sera, comme toujours, un hyper-candidat. Capable de tout, même de ml'impossible. Et qu'il va s'en sortir, in fine, forcément. Contre toute attente. 

Mais au fond de lui même, Nicolas Sarkozy est trop habile, trop intelligent, pour ne pas savoir que tout ceci n'est que leurre. Pour ne pas se rendre compte que les initiatives, les unes après les autres, se transforment en échec. Que d'issue il n'y a point. Qu'il n'a au fond plus les moyens stratégiques d'être candidat, dès lors que la défaite ne peut être une option raisonnablement envisagée lorsque l'on a eu son parcours, et que l'on a son caractère.  

Alors, progressivement continue de s'imposer à lui la rationalisation de l'alternative qu'aucun média, qu'aucun institut de sondage n'ose tester : et si, après tout, il n'était pas candidat ? Et si, au fond, il avait tout à y gagner ? 

Il est en effet deux moyens d'échapper à un bilan : le premier, c'est d'être candidat. L'objectif est simple : faire parler d'un projet neuf, et renvoyer le bilan dans les limbes ("la fôt à la crise...") ; il a cependant déjà noté qu'aucun des candidats actuels ne lui ferait ce crédit, et que de ce bilan il devra d'une manière ou d'une autre en répondre et en rendre compte. Le risque, pour lui, est bien plus considérable que généralement envisagé.

D'où le second moyen de ne pas être interrogé sur les ressorts de son action présidentielle pendant 5 ans : ne pas être candidat. Ainsi, un candidat "neuf" pourra-t-il partir d'un pied qui le sera tout autant. De même, l'effet de surprise jouera alors à plein, et aura le mérite de dépersonnaliser l'élection de la personne du président sortant. Il l'a parfaitement noté : en 2007, quand il était temps de passer à autre chose, tout le monde a épargné Jacques Chirac...

C'est précisément pour cette raison que Nicolas Sarkozy non seulement ne peut pas, mais ne doit surtout pas être candidat. C'est ce que vont lui indiquer comme voie à suivre, au terme d'un lent cheminement, ses plus proches conseillers, ceux de l'ombre. Parce qu'à ce bilan, il est impératif pour lui d'échapper. Parce que le défaut grec est évidence désormais, comme celui du Portugal, puis, surtout, de l'Espagne. Et que l'avalanche des défauts va faire sonner une dynamique de reddition sur les actions. Et alors, il y aura pour lui tout à craindre. 

Faire les comptes, c'est en effet se pencher sur le passé. Et l'on redécouvrira alors que le projet de 2007 était celui d'un pari fou, précisément identique à celui qui a plongé le monde en crise. Que le concept de "merkozy" n'a pu ensuite être gagné pour le faire oublier qu'au prix d'une infinie pression exercée sur nos amis allemands, avec pour toile de fond l'Histoire terrible de nos guerres mondiales et un devoir moral qui incombait dès lors au peuple d'Allemagne : sauver l'ensemble du continent. Mais cette pression, alors que le FESF est chaque jour davantage au bord du gouffre, viendrait lui aussi, tel un boomerang, frapper le dos du président s'il devenait candidat. Et à ce moment, les concurrents finiront bien par penser à tirer les fils des négociations qui ont permis, comme par magie, à Angela Merkel et Nicolas Sarkozy de s'entendre.

Surtout, au fur et à mesure qu'il se déclarerait candidat, le débat finirait invariablement par porter sur les choix effectués : la relance était-elle l'option la plus pertinente ? Pire : relancer plus pour sauver plus, n'était-ce pas précisément ce qu'il fallait ne pas faire ? Pire, alors que l'on était déjà considérablement affaibli, fallait-il réellement vouloir ainsi occuper le devant de la scène internationale, se prétendre grand parmi les grands, si possible le plus grand de tous, et ceci au prix d'une fuite en avant dans l'endettement et les paris nouveaux et toujours plus risqués ? D'ailleurs, les slovaques, n'ont-ils pas, eux, voté contre le FESF ?

Et alors surgira la question qui n'a pas été traitée jeudi dernier, dans cette émission "des paroles et des actes" qui accueillait le premier ministre en exercice, après qu'un ancien premier ministre soit venu la semaine précédente débattre avec celui qui est pour l'instant favori de 2012, François Hollande. Epargnons-nous la naïveté de croire que ces deux émissions, tenues coup sur coup, n'étaient pas aussi des tests "grandeur nature" du caractère crédible des potentiels candidats que feraient Alain Juppé ou François Fillon.

Et notons simplement que ni à l'un ni à l'autre, la seule question d'importance au vu du positionnement stratégique passé et futur du candidat sarkozy n'a été posée : quel est, précisément, le montant de dettes dont les contribuables français sont désormais les garants ? De combien ce montant a-t-il augmenté depuis 2007 ? Quelles sont les modalités précises sur lesquelles un accord a été trouvé avec les créanciers de la dette souveraine Française, susceptibles de déclencher l'activation desdites cautions ? Ce débat-là sur la vraie nature des paris sarkoziens est resté largement masqué pour le moment. Ces questions sont pourtant les seules réellement d'importance et ne seront pas éternellement évitées par d'habiles jeux rhétoriques.

La seule solution pour Nicolas Sarkozy va donc être de tenter d'échapper à une reddtion sur ses propres responsabilités, lesquelles démontreraient à l'évidence la culpabilité de son action dans l'aggravation de nos crises. Ces questions ne sont pour l'instant jamais soulevées. Il faut que cela continue, pour lui. Et c'est pour cette raison qu'il est chaque jour davantage d'évidence qu'il ne doit pas être candidat à sa réelection. Pour lui-même, d'abord.

Car sinon, le risque est atroce : finir sa carrière demain, comme Sylvio Berlusconi a achevé la sienne il y a quelques mois. Conscient de l'importance dans le monde des affaires du "capital réputationnel", alors qu'une nouvelle vie peut s'ouvrir, on comprend que ceci s'imposera rapidement comme l'évidence pour lui : non, il ne peut pas, et ne doit surtout pas être candidat.

Ne pas être candidat sera alors le meilleur moyen pour Nicolas Sarkozy de tenter une dernière pirouette : que l'Histoire ne conserve que le souvenir de la Géorgie ; et puis, bien sûr, du succès lybien. Bien sûr, le sort aura été plein d'ironie : ceci aura été largement imprévu, à l'insu de son plein gré ; à l'inverse, son "plein gré" de Président - "travailler plus pour rembourser plus de 2007", fuites en avant dans l'€ - aura tous les traits d'une des présidences les plus catastophiques de la Vème République. Sans même évoquer les "dérives" aux extrêmes de la droite comme du légal.   

Et c'est ainsi que ne pas être candidat sera finalement la solution ultime au "problème" stratégique auquel le président en exercice est confronté : ne pas s'être accroché au pouvoir - alors qu'il aurait pu - quelle plus belle preuve pourrait-on attendre que sa présidence aura été d'abord une tâche désintéressée ? Fini le "bling, bling", terminé le "Fouquet's"... Tout ça n'était qu'incompréhension. La preuve ? Il n'est pas candidat, il ne s'accroche pas.

C'est vrai, reconnaissons qu'il y aura là matière à s'en enorgueillir. De cet orgueil qui aura été, avec une remarquable constance, le plus important ressort de sa présidence énergique. Et voilà pourquoi, en toute simplicité, l'actuel président ne sera tout simplement pas candidat à devenir le prochain. 


 

J.-Ph. Denis


    

 

(Merci à tous ceux qui ont aidé à améliorer ce texte par leurs commentaires et la correction des éternelles coquilles

 


Par jphdenis - Publié dans : Politique et technosciences du garagisme
Retour à l'accueil

Commentaires

Et puis ça permettrait d'ouvrir des primaires à droite, avec des débats télévisés dans la dernière ligne doite de la présidentielle. Le CSA, qui avait dénoncé le déséquilibre dans le temps de parole lors des primaire PS, serait même d'accord (-;

Commentaire n°1 posté par christophe colinet le 06/02/2012 à 10h17

Pensez vous que la fin de sarkozy est imminente ? pensez vous que son bilan lui a permis enfin de voir comme nous? c'est à dire sarkozy ne peut ni ne doit être candidat.

Alain Juppé a d'ailleurs dit, dimanche sur Bfmtv, que Monsieur SARKOZY n'écoute personne lorsqu'il faut agir pour le bien de la France et des Français,cette phrase me laisse dire que Monsieur SARKOZY pense donc que sa candidature est nécessaire pour le bien de la france et des français.

Commentaire n°2 posté par ami75 le 06/02/2012 à 19h28

J'ai pour l'essentiel la même analyse de longue date.  Son soucis c'est de s'assurer qu'un tout frais, tout brillant comme Juppé puiise accèder à coup sûr à la présidence pour lui épargner les affres de Karachi auquel il serait soumis ....Et je pense que Juppé gagnera.

Commentaire n°3 posté par Jean le 06/02/2012 à 21h53

Décidément vous faites dans l'iconoclaste. Votre analyse est troublante assurément.

Mais aussi : on peut penser qu'il ne lachera pas, à défaut d'autre exécuteur des basses oeuvres,  pressé par ceux qui l'ont mis en place de terminer sa grande oeuvre crypto-thachérienne de dérégulation et déréglementation sociale.

Ne peut on pas aussi penser encore qu'il sont capables, lui et l'équipe élyséenne de sombre origine, de ne pas jouer le jeu démocratique parcequ'ils nous méprisent et ont trop de casseroles à camoufler ...

Si l'enjeu n'était pas d'importance on pourrait dire que le suspens ici est un vrai bonheur.

A vous relire

Commentaire n°4 posté par Gaëtan CALMES le 07/02/2012 à 15h55

Rechercher

 
Contact - C.G.U. - Rémunération en droits d'auteur - Signaler un abus - Articles les plus commentés